Chambres antiques

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II. Sur le port (Les histroires de Long John Silver)

Sa longue pipe vissée à la bouche, les yeux gris perçant, cachés par d’épais sourcils noirs, fixant le vague et une longue mèche grise lui barrant le visage, cachant sa cicatrice, l’homme avançait sur le quai.
La légère bruine du soir lui faisait plisser les yeux et de petites perles d’eau se formaient sur son visage buriné.

Au lointain, une brume masque l’entrée du port.

Le quai est peu fréquenté. Quelques esclaves déchargent des tonneaux de quelque caravelle, s’interpellant et jurant dans des langues inconnue de l’homme. Mais cela lui importe peu. Les esclaves, il ne s’y intéresse plus depuis longtemps. Quelques marins, ivres, règlent leurs comptes devant une taverne. La lumière des lampes à pétrole fait briller d’une couleur or la lame d’un poignard. « Va encore y avoir des cicatrices » pense l’homme en esquissant un léger rictus sarcastique.
Il s’éloigna alors du port et de ses quais humides par une petite rue sombre, étroite.
Seul le son de ses bottes résonne sur le pavé, se répercutant sur les murs des bâtisses riveraines.
Il croise le boulevard, ou de nombreuses femmes, des jeunes et belles, innocente en apparence, côtoient de plus vieilles mais néanmoins plus expérimentées, attendant que l’âme en peine vienne se vider les bourses. (Toutes les bourses).
Va-t-il s’arrêter ? Il hésite.
Cela fait bien longtemps qu’il n’a plus planté son épée virile dans le corps d’une donzelle.
Ilm fait un pas, déviant de son chemin, s’arrête puis se ravise et reprend sa route. « Pas le temps à perdre pour le moment, l’heure est aux choses sérieuses. »
Il tire une bouffée sur sa pipe et la volute bleue qui en sort se mélange à sa respiration.
Ses traits sont tirés. Avec l’humidité ambiance sa cicatrice le gène un peu.

Le silence.

Cela fait un temps qu’il marche maintenant.
Il repense au passé.
Sa jeunesse dans les plantations de cannes, de la Rouge, dans l’habitation de ses parents, là bas à Madinina, l’ile aux fleurs. Son embarquement dans la marchande comme mousse à dix sept ans.

La mutinerie.

L’éclair cinglant d’une épée. La balafre. Le gout du sang chaud dans la bouche. Son sang. Puis le noir.

Saint Laurent du Maroni, le bagne.

Les Iles du Salut. Quatre ans, sous un soleil de plomb, à la chaleur, à la pluie. Sans ombre, sans abris. Il n’y a pas d’arbres pas de toit aux cellules. Juste des grilles permettant aux gardiens de voir tout ce qui se passe. Pas d’intimité.

Klang, Klang, le cri des clés dans les serrures.

Nombreux sont morts. On les jette à la mer, cela évite les enterrements, réservés aux gens de l’administration, et nourri les requins. Ce sont leurs meilleurs gardiens, avec le courant. Enfin la liberté.
Jamais, il se l’était promis, il ne serait de quelque façon prisonnier.

Libre.